Fusionnés dans une étreinte, les joueurs des deux équipes ont terminé par se recueillir au centre du terrain. Une image qui a fait le tour du monde et mis fin à une série aussi intense que fatigante. À Baltimore, aux États‑Unis, l’Afrique du Sud a battu la Nouvelle‑Zélande sur le score de 43 à 28 et, à près d’un an du Mondial de l’Australie, s’impose comme la meilleure sélection de rugby du monde, avec une marge importante.
« J’ai adoré ! Quelle belle expérience ! La prochaine fois, ce sera en regardant les Pumas… », écrivait sur X Manu Ginóbili depuis le lieu des faits. La série entre les deux grandes puissances du rugby mondial s’est déplacée jusqu’aux États‑Unis et, côté public, a été un succès : 68 173 spectateurs ont rempli le M&T Bank Stadium, domicile des Baltimore Ravens, franchise de la Ligue nationale de football. Selon les médias sud‑africains, les fédérations de leur pays (SARU) et néo‑zélandaise (NZRU) ont gagné plus de 5 000 000 de dollars de revenus supplémentaires grâce à ce match disputé aux États‑Unis plutôt que s’il avait eu lieu en Afrique du Sud. Les recettes d’expérience à Baltimore incluaient une part de World Rugby (WR), qui encourage les grandes nations à jouer aux États‑Unis pour promouvoir le Mondial de 2031.
Toutefois, sur le plan organisationnel, la rencontre a été loin d’être idéale. La première mi‑temps a été interrompue pendant dix minutes en raison d’une panne de l’interphone entre l’arbitre Karl Dickson et ses assistants, Matthew Carley et Christophe Ridley. Une défaillance qui n’a pas été communiquée au public et a provoqué de la confusion dans un pays dépourvu de culture rugbystique, que la World Rugby (WR) cherche à développer dans les cinq prochaines années. Une véritable course contre la montre.
« D’après mon expérience, je pense que rien n’est plus difficile que cela. C’est comme jouer quatre finales de la Coupe du Monde en quatre semaines, compte tenu de la qualité des deux équipes », résumait dans les premiers échanges le capitaine des Springboks, Siya Kolisi. La série Rugby’s Greatest Rivalry (La Plus Grande Rivalité du Rugby) a mis aux prises les vainqueurs de sept des dix Coupes du Monde disputées dans l’histoire (quatre pour l’Afrique). Les deux puissances par excellence ont conclu que l’Afrique du Sud demeure reine. Les Springboks ont remporté les deux derniers Mondiaux (2019 et 2023), remporté une série contre les British and Irish Lions en 2021 et, désormais, ont franchi un cap sur un cycle doré au cours duquel ils ont triomphé à trois reprises du Rugby Championship (2019, 2024 et 2025).
L’Afrique du Sud a connu une progression progressive dans cette série. Bouleversé par les erreurs au départ, le XV vert et or a perdu le premier test à Johannesburg 33‑16, puis, sous pression, a livré sa meilleure copie. Il s’impose 33‑26 à Cape Town dans un choc serré, puis gagne 29‑24 à Soweto dans une rencontre où il aurait dû faire pencher davantage la balance et, enfin, dans le dénouement de la série, s’impose avec autorité, 15 points d’avance, soutenu par une défense solide et une brutalité physique qui font partie de son ADN.
« Nous faisons ce qui fonctionne pour nous, nous savons qui nous sommes et nous restons fidèles à notre manière de jouer, alors nous jouerons selon le style Springbok », avait prévenu Kolisi. Le capitaine est une icône de son pays et a mené l’Afrique du Sud vers tous les grands sommets de ces dernières années. Par son intensity sur le terrain et, surtout, par sa personnalité et son leadership, il est devenu une figure emblématique de l’histoire du rugby. Dans une interview accordée à la télévision locale, il a même entonné Kubo, de Gwijo, chant traditionnel dans le sport de son pays.
Les Springboks ont dominé la série par la profondeur de leur effectif. Morne van den Berg, demi de mêlée de relève, est finalement devenu titulaire et s’est imposé comme la figure de Baltimore. La suprématie s’explique aussi par la forme des anciens piliers. Eben Etzebeth a livré une série colossal, tout comme Pieter‑Steph du Toit et Malcolm Marx, trois icônes du pack dans l’ère dorée de l’Afrique du Sud. Parmi les avants, on peut aussi citer Jasper Wiese et Ruan Nortje, qui ont gagné en hardiesse dans le processus après la tournée de la France en 2023. Damian de Allende fut le meilleur back de cette série face aux Néo‑Zélandais et, lors du dernier match, il a inscrit deux essais. En revanche, Sacha Feinberg‑Mngomezulu n’a pas brillé, malgré un talent exceptionnel qui, cette fois, n’a pas été à la hauteur.
L’homme qui a bouleversé le rugby sud‑africain est Rassie Erasmus, qui a atteint les 100 matchs en tant qu’entraîneur depuis son arrivée en 2018 et a occupé le poste de directeur du rugby entre 2020 et 2023. Perspicace et méthodique, il reste à la pointe de l’innovation. Il a transformé le visage d’une sélection qui s’est rangée derrière lui et Kolisi. Il modifie, ajuste, avance et gagne presque à chaque fois.
Les All Blacks ont manqué de ressources pour le dernier test. Ils ont souffert de l’épuisement lié à l’affrontement contre l’Afrique du Sud lors de quatre samedis consécutifs. Leur effectif n’est pas aussi large, et Baltimore l’a ressenti. La blessure d’Ardie Savea, leur capitaine, au troisième match les a affaiblis. L’entrée du vétéran Anton Lienert‑Brown n’a pas fonctionné et le retour de Richie Mo’unga, le plus médiatisé par le public, n’a pas été à la hauteur après trois années d’absence.
Pourtant, les signaux peuvent être positifs pour l’entraîneur Dave Rennie, qui a entamé son cycle cette année après l’échec de Scott Robertson. La Nouvelle‑Zélande est revenue à ses bases, avec un jeu dynamique de mouvement du ballon et Cameron Roigard comme pivot ; l’un des meilleurs demi‑suffles du monde a apporté une amélioration notable à son équipe.
Compacto del éxito de Springboks contra All Blacks
Le tirage au sort du Mondial Australia 2027 a été cruel pour les deux nations, car elles auraient été opposées en quarts de finale si elles progressaient en tête de leurs groupes et passaient le tour des huitièmes. À un peu plus d’un an de l’échéance, l’Afrique du Sud demeure en tête du rugby et se prépare à aborder la grande compétition avec de fortes prétentions. Mais avant cela, elle cherchera à remporter le premier Nations Championship, qui reprendra en novembre. L’histoire reste à écrire.