Ce soir, l’équipe de France se voit confier une mission colossale: vaincre les Américaines, invaincues en Coupe du Monde depuis vingt ans. Il y a deux ans, en finale des Jeux olympiques de Paris 2024, tout s’était joué à… quelques centimètres. Voici le récit d’une fin d’après-midi qui nous a déchirés.
Nous sommes le 11 août 2024. Les Jeux de Paris 2024 approchent de leur conclusion. Teddy Riner, Léon Marchand, Pauline Ferrand-Prévot et bien d’autres ont fait battre nos cœurs pendant deux semaines, et en cette soirée singulière, qui ressemble à une fête de fin d’année, l’équipe de France féminine affronte l’auguste troupe américaine dans la finale du basket-ball féminin. La veille, c’était la même affiche qui avait clos le tournoi masculin et Stephen Curry avait laminé les espoirs du pays tout entier, mais ce soir-là, tout est différent. Une grande célébration nationale, un match de basket certes, mais surtout l’épreuve qui vient boucler – si possible en beauté – deux semaines d’un spectacle grandiose.
Rester raisonnable suffit pour comprendre que peu d’observateurs parient sur une victoire tricolore. Le chemin parcouru est certes élégant, avec des succès face à l’Allemagne et à la Belgique pour atteindre la finale, mais ces Avengers d’Amérique semblent disposer de trop d’arguments. A’Ja Wilson est considérée comme la meilleure intérieure du monde, Sabrina Ionescu, Jackie Young, Breanna Stewart, Napheesa Collier ou Kelsey Plum figurent parmi l’élite mondiale, et Diana Taurasi poursuit d’enrichir son palmarès de légende… bref, cette Team USA paraît surhumaine, même face à des Bleues confiantes et jouant à domicile.
Pourtant, en ce 11 août, la magie se met en marche. Cette même poudre invisible qui a rendu Paris 2024 totalement réussie se répand dans l’Accor Arena et, dans un geste de bravade ultime, nous sommes présents pour vivre ce moment suspendu, cet instant où l’on entre dans un livre et devient l’un des personnages.
La salle est évidemment bondée, nos regards se remplissent d’émotion et nos pores s’emplissent de sueur comme jamais. La France tient tête au géant. Dès le premier quart, les Américaines soufflent moins librement en défense et, à l’issue d’une première mi-temps étonnante, le score demeure à égalité, 25-25. Marine Fauthoux fait vibrer Paris avec un tir situé bien au-delà de la ligne à trois points; les Américaines dominent sous le panier, mais les Françaises défendent avec une détermination qui ressemble presque à une affaire de vie ou de mort. Dans les tribunes, mon collègue et moi restons sans voix, comme d’habitude ces derniers jours. Tout paraît trop beau, chaque scénario semble irréel.
Au retour des vestiaires, la France tient bon. A’ja Wilson frappe fort, mais Gabby Williams répond et s’impose dans le cœur du public. À l’entame du dernier quart, le léger retard n’est plus qu’un détail; ce sont les minuscules choix qui font souvent la différence. A’Ja Wilson inquiète une fois de plus en perforant le jeu, et Janelle Salaün ainsi que Marine Johannes se trouvent à deux reprises dans son viseur, sans que l’arbitre ne tranche clairement, et l’on se dit que tout se décide sur de petits gestes.
Saut dans le temps, dernière minute de jeu. La France est derrière 67-64, il ne reste que quelques secondes et le ballon est dans les mains bleues. Marine Johannes n’a pas brillé tout au long du match, mais c’est elle qui récupère la balle et transmet à un coéquipier dans le périmètre. Un dribble, une passe, Marine trouve Gabby Williams lancé dans l’axe pour un tir à trois points, et le tir franchit l’anneau. Victoire française d’un point, au buzzer: les Bleues couronnent leurs Jeux paralympiques… non, olympiques, et Paris 2024 semble alors atteindre le summum.
Oui mais non.
Ceux qui ont l’œil le savent déjà, et les autres n’auront pas besoin d’attendre longtemps pour le découvrir: Gabby Williams a touché la ligne et le ralenti montre clairement le pas franchi. Score final 66-67, les Américaines remportent le titre olympique pour la 456e fois d’affilée et les larmes inondent le parquet, l’ensemble du hall et tout le pays du basket.
🇫🇷🥈🏀 « Qu’est-ce qu’on est fier d’être français ! » : jusqu’au bout, les Bleues ont tenu tête aux Américaines, sacrées championnes olympiques d’un seul petit point (67-66) #Paris2024 #FRAUSA pic.twitter.com/lU09MlJuJ1
— Eurosport France (@Eurosport_FR) August 11, 2024
La suite ? Un podium, des larmes, une cérémonie de clôture, encore des larmes, une soirée collective à Paris, au pied de la Tour Eiffel qui s’illumine une dernière fois, des larmes, un selfie devenu emblématique, et d’autres larmes encore. Une fin cruelle mais d’un niveau émotionnel à la hauteur de tout ce que nous avons vécu pendant ces quinze jours, et c’est ce souvenir douloureux que les Bleues tenteront d’effacer ce soir pour nourrir une revanche inévitable. Quelque chose nous souffle que nos Bleues sont aujourd’hui bien plus détendues qu’il y a deux ans; alors envoyons ces Américaines, afin de mettre fin aux larmes de tristesse et d’en verser sur un terrain de joie cette fois-ci.