Outre la performance footballistique timide de l’équipe, le scepticisme des supporters de San Lorenzo s’accentuait lorsque l’on faisait le bilan des mouvements de l’effectif durant ce mercato. S’étaient éloignés deux piliers défensifs, le gardien Orlando Gill et le défenseur Jhohan Romaña, et les recrutements n’enflamment guère les attentes. Ce sont des renforts destinés à compléter l’effectif, des paris qui pour l’instant n’enflamment pas le public afin d’acheter des abonnements, ou « couper des tickets », comme on dit au théâtre.
Sans s’éloigner de l’austérité imposée par sa situation économique délicate, San Lorenzo vient d’ajouter un nom qui suscite l’espoir. Souvent le football présente ce type de scénario: se conjuguent un club qui tente de reconstruire une partie de sa grandeur avec un footballeur en quête d’un espace pour relancer les très bonnes conditions qu’il avait montrées à un moment antérieur, et qui, après quelques graves blessures, est devenu très intermittent ces dernières années.
Avec peu de temps de jeu à Estudiantes, Facundo Farías s’incorpore à San Lorenzo dans le cadre d’un prêt de 12 mois, sans frais, et avec une option d’achat de 3 millions de dollars pour 70 pour cent du transfert. San Lorenzo assumera 60 pour cent du contrat élevé -au-delà d’un million de dollars- qu’il a signé avec Estudiantes, qui conservera les 40 pour cent restants.
Farías, qui ce vendredi va fêter ses 24 ans, arrive pour renforcer un secteur du milieu de terrain affaibli par les blessures de Facundo Gulli et Nahuel “Perrito” Barrios. “Farías doit être l’un des meilleurs footballeurs d’Argentine”, avait répondu il y a quelques jours Néstor Gorosito, qui avait dirigé le milieu offensif à Colón pendant quatre mois, jusqu’en juillet 2023 lorsqu’il fut transféré à Inter Miami pour cinq millions d’euros, la vente la plus élevée de l’histoire du club sabalero.
C’est à Colón qu’éclata cette promesse qui visait à devenir l’une des figures du milieu local. Il a fait ses débuts à 17 ans et, en 2021, il fut l’un des éléments de l’équipe dirigée par Eduardo Domínguez et remporta la Copa de la Liga Profesional après avoir battu Racing en finale, premier titre du club santafino dans l’élite.
À côté de sa capacité à gambader et à être profond dans les derniers 30 mètres du terrain, on commença à connaître sa dure histoire de vie, marquée par la perte de ses parents avant l’adolescence. River Plate l’avait dans sa liste et Boca, par l’intermédiaire de Juan Román Riquelme, fit une tentative ferme pour le signer, mais il resta à Colón pour disputer la Copa Libertadores, qu’il aborda d’abord comme fan puis comme joueur professionnel.
Sa progression footballistique a connu un frein brutal en septembre 2022, lorsque face à Talleres il s’est rompu le ligament croisé du genou droit. Il a subi une intervention chirurgicale et une rééducation de huit mois, jusqu’à son retour en mai 2023. Il disputa huit matches et l’horizon s’ouvrit de nouveau avec le transfert vers l’Inter Miami dirigé par Gerardo Martino.
« C’est un grand pas pour continuer à apprendre aux côtés de joueurs extraordinaires », a-t-il déclaré avant de monter dans l’avion, à 20 ans, pour partager une formation avec Lionel Messi, Sergio Busquets, Jordi Alba et Luis Suárez. Le premier semestre fut celui de l’approche du nouveau défi: même sans avoir disputé de match, il est devenu champion de la Leagues Cup, la compétition qui réunit des clubs américains et mexicains.
Il retomba dans la dure épreuve des blessures en 2024, lorsque lors d’un match amical d’Inter Miami face au Salvador, il se cassait l’autre genou (ligament croisé antérieur gauche). Cette fois la convalescence fut plus longue, de neuf mois. Il ne réapparut plus aux Las Garzas, où il joua moins que prévu (13 rencontres, avec trois buts et deux passes décisives).
Celui qui semblait destiné à une carrière internationale — il disputa trois rencontres avec l’équipe U23 sous Javier Mascherano — entreprit, au début de 2025, son retour en Argentine. À la demande insistante d’Eduardo Domínguez, qui le connaissait bien de Colón, Estudiantes paya 4.340.000 euros pour son transfert (la deuxième opération la plus coûteuse de l’histoire du Pincha, derrière celle de Mauro Boselli; à part Cristian Medina, approché par Foster Gillett pour 15 millions de dollars).
En un peu plus d’un an et demi à Estudiantes, il ne s’est pas retrouvé avec sa meilleure version footballistique. Il ne s’est presque jamais imposé: sur 49 apparitions, seulement 19 furent des titularisations. Il n’a marqué que deux buts, contre Ituzaingó (Copa Argentina) et Cusco (Copa Libertadores), et a délivré trois passes décisives.
San Lorenzo avait besoin d’une dose de créativité et Farías de redevenir le footballeur qu’il aspirait à être, tandis que les supporters voient une lumière au bout du long tunnel que traverse l’équipe.