À la 13e minute, tout le public s’est levé et a éclaté en un tonnerre d’applaudissements, forts et chargés d’émotion. Sur l’écran géant du Stade Aguilera est apparue l’image de Federico Martín Aramburú portant le maillot du Biarritz Olympique, le club où il a laissé son empreinte la plus profonde, dans la ville qu’il avait choisie pour y vivre. Une pratique qui se répète chaque fois que l’équipe basque veut rendre hommage au rugbyman argentin assassiné à Paris en 2022 et qui, ce jeudi, a pris une dimension supplémentaire : la demande de justice, lors de la cinquième journée du procès dans la capitale française.
Avant la rencontre contre Colomiers, les joueurs locaux portaient un foulard rouge, traditionnel au Pays Basque, agrémenté d’un drapeau argentin à l’un des sommets et de l’inscription « Fede – 13 ». Le même accessoire était porté par une bonne partie des près de 10 000 spectateurs qui ont assisté à la victoire 38-20, lors de la deuxième journée du ProD2 français. Une initiative portée par Pierre Guérin, ami de Federico et de son épouse, par le biais de la fondation Hegoak Pampa.
« Tout cela nous paraît irréel. Nous ne comprenons pas encore ce qui s’est passé », a déclaré Pierre, en espagnol impeccable, tandis qu’il vendait des foulards à l’entrée du stade avant le match. « Nous demandons justice pour Fede, mais nous voulons aussi nous souvenir de lui. Nous voulons montrer notre soutien à cette chère famille. Nous voulons exprimer au monde que ce qui est arrivé à Fede est un drame. Je voulais bouger les choses pour aider ».
Le 7 juillet dernier, entouré d’un groupe d’amis français et d’amis argentins de Federico, Pierre a créé une fondation, Hegoak Pampa, afin de proposer des activités destinées à aider la famille pendant le procès, qui a commencé lundi à Paris et se poursuivra jusqu’au 25 de ce mois. Il a obtenu une autorisation pour vendre des foulards et des T-shirts commémoratifs durant six samedis, à partir du 1er août, devant la fresque qui rend hommage à Fede, peinte par l’artiste Arthur Millot (plus connu sous le nom de Bur) dans le centre de Biarritz.
« Il y a énormément de personnes qui veulent aider et qui s’approchent d’une manière ou d’une autre », a confié Pierre à LA NACION. « Des gens viennent d’Argentine, de toute la région du Pays Basque en France et en Espagne. Des personnes qui connaissaient Fede ou qui connaissent le rugby. Des personnes qui ne le connaissaient pas mais qui, en s’approchant du mural, s’intéressent au sujet, manifestent leur soutien et achètent un foulard. Il y a des gens qui viennent nous voir pour discuter et s’émouvoir comme le faisait Fede, avec cette façon particulière qu’il avait de connecter les gens ».
Pierre avait rencontré Federico après que ce dernier s’était retiré du rugby et s’était installé à Biarritz. Tous les jeudis, ils se réunissaient pour jouer de la tocata. « J’ai connu Fede comme joueur retraité. J’ai connu l’homme, l’oncle, le père, celui qui voulait monter une entreprise. Il avait son amitié », se souvint-il. « Il nous a fait découvrir l’Argentine à travers les voyages, les asados et toutes ces choses qui nous plaisent dans sa culture et dans sa façon d’être ». Aujourd’hui, Guérin est l’entraîneur de Santi, l’un des fils de Federico, dans la M‑8 de Biarritz.
Federico Martín Aramburú a été abattu d’une balle le 19 mars 2022 à Paris, après une altercation dans un bar du quartier du boulevard Saint‑Germain. Lundi a débuté le procès public, avec comme prévus les accusés Loïk Le Priol et Romain Bouvier, deux activistes politiques. Guérin a traversé la France du sud au nord pour être présent le premier jour du litige.
« Ce fut une sensation horrible », a-t-il raconté. « Nous savions que nous allions croiser les meurtriers de Fede ; c’était assez difficile. Nous avons pu les regarder droit dans les yeux ; cela nous a beaucoup aidés. J’ai vu Mary [Maria Codino, l’épouse de Federico], qui ne m’a pas souri, bien sûr, mais elle sait que nous sommes là. Il était important que notre présence se fasse sentir comme des amis du Pays Basque, avec les foulards de Fede ».
Formé au Club Atlético de San Isidro, Federico Martín Aramburú a entamé sa carrière professionnelle au Biarritz Olympique, où il s’est illustré sous le numéro 13 dans le dos. Après avoir évolué dans plusieurs clubs et être revenu au CASI pour prendre sa retraite en 2012, il est retourné en France pour s’installer en famille à Biarritz, ville basque située sur la côte sud‑ouest de la France, près de la frontière avec l’Espagne.
Comment la communauté de Biarritz suit-elle le procès ? « La ville est attentive », répondit Pierre. « Dans tous les bars et restaurants, on parle de ce qui se passe au procès. Les gens veulent que la famille de Fede sache que nous les accompagnons du cœur, en pensée. Je suis un très proche ami de Cato, le père de Federico. Quand un ami va mal, il faut l’aider. Nous déjeunons ensemble, nous buvons du bon vin. Je reviendrai ce dimanche pour faire une promenade et lui changer un peu les idées ».
Quatre ans après, la famille de Martín Aramburú espère que justice sera faite. De Biarritz à San Isidro, Federico a laissé une empreinte dans tous ceux qui l’ont rencontré. « Beaucoup pensent encore que tout cela est irréel », a noté Pierre. « Maintenant nous pouvons dire que nous attendons justice, mais une justice très forte. Je m’engage à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour garder le souvenir de Fede, mais surtout pour défendre les valeurs qu’il incarnait dans sa manière d’être : l’amitié, le sport ».