Un des accusés du meurtre de l’ex-rugbyman Federico Martín Aramburú à Paris s’est exprimé et a pointé du doigt la police

Ce vendredi a commencé le cinquième jour d’audiences du procès pour le crime de Federico Martín Aramburú, le rugbyste argentin de 42 ans qui a été assassiné par balles à Paris en mars 2022. Aujourd’hui, s’est exprimé l’un des deux principaux accusés, Romain Bouvier, qui avait déjà nié les faits et a assuré que sa cause relevait de « une mise en scène totale » concernant les armes trouvées chez lui.

Son témoignage a eu lieu lorsque son avocat lui a demandé de se référer aux armes chargées trouvées dans son domicile après l’assassinat survenu le 19 mars 2022. Selon ce que publiait le média français L’Equipe, l’accusé s’est levé, vêtu d’une chemise claire, et a qualifié de « mise en scène totale » le perquisitionnement de son logement.

« Elles n’étaient pas chargées lorsque je suis sorti de chez moi pour aller dîner avec [Loïk] Le Priol [l’autre accusé principal]. La seule possibilité qu’elles soient chargées est que les policiers aient saisi mes armes, testé les cartouches pour voir si elles correspondaient et les aient chargées » », a déclaré l’homme de 34 ans à l’audience.

Les armes saisies au domicile de Bouvier sont des revolvers Smith & Wesson, des Colts, des Browning, un fusil Winchester et d’autres fusils anciens. Un arsenal que l’accusé avait présenté à l’époque comme « sa collection », comprenant plus de 1000 cartouches. Deux projectiles retrouvés dans le corps de Martín Aramburú correspondaient à ceux saisis dans la maison de Bouvier. Par ailleurs, sur la propriété familiale des Le Priol, la Police a saisi plusieurs fusils, un fusil à pompe et deux revolvers.

L’audience de ce vendredi s’est également concentrée sur le témoignage d’un expert balistique, tandis que l’interrogatoire des proches des Le Priol est attendu.

Dans la nuit du 19 mars 2022, Le Priol et Bouvier, militants d’extrême droite, ont tiré dix fois sur Martín Aramburú après une bagarre sur la terrasse d’un bar en plein centre de Paris. Le Priol, un ancien militaire, a tiré six fois sur le rugbyman jusqu’à épuiser le chargeur. Cinq balles l’ont atteint. Tous deux risquent la réclusion à perpétuité.

Lorsque le procès a commencé lundi, Le Priol a reconnu être « l’auteur de la mort » du rugbyman, mais a rejeté l’idée qu’il avait eu l’intention de le tuer: « J’ai tiré pour me défendre ».

La séquence

Après une dispute et une première bagarre devant le bar, Martín Aramburú et son ami Shaun Hegarty se sont dirigés vers leur hôtel. Pour eux, la question était close, a expliqué un policier qui s’est exprimé jeudi. Mais pas pour les accusés.

L’Argentin et Hegarty — associé commercial et également ancien coéquipier du club Biarritz Olympique — marchaient sur le boulevard Saint-Michel lorsqu’une camionnette Jeep les a dépassés par l’arrière. Deux hommes en sont descendus. Le premier, Bouvier, sans prononcer un mot, a tiré deux fois sur la victime.

Ont diffusé la vidéo du moment précédant l’assassinat de l’ancien rugbyman Federico Aramburú à Paris

Une balle a touché la cuisse et une autre le flanc. C’est alors que Loïk Le Priol a saisi la même arme, l’a poursuivi à pied et lui a tiré six fois. Il a reçu cinq impacts dans le dos alors qu’il tentait de fuir. Le rugbyman est mort sur place, avant de pouvoir reçu des secours.

Pour la police, il ne fait aucun doute que les deux accusés ont agi avec une intention homicide. “Lorsque le chargeur est vidé et qu’on vise quelqu’un, c’est qu’on est déterminé à le priver de la vie”, a affirmé l’un d’eux.

Le verdict est attendu pour le 25 septembre.

Qui sont les deux principaux accusés

Le Priol possède une longue liste d’antécédents: il figurait au registre S des suspects terroristes et est connu pour ses liens avec des groupes néofascistes. Il a été expulsé au cours de sa deuxième année dans le lycée élite Notre-Dame d’Orveau pour des accusations d’agressions envers ses camarades.

Ancien commandant de la Marine, il a été écarté de l’armée pour actes de violence. Il avait été rapatrié du Djibouti, ancienne colonie française en Afrique, deux ans avant son expulsion pour souffrir d’un trouble de stress post-traumatique sévère, selon son rapport psychologique présenté au procès.

En juin 2022, il a été condamné à quatre ans de prison —dont deux avec sursis— pour participation à la torture d’un ancien président du groupe d’extrême droite Union de Défense (GUD) —qui s’était produit en 2015—. La même année, il a allégué avoir subi un grave accident de voiture et une augmentation de l’anxiété après le déclenchement de la guerre en Ukraine.

Après l’assassinat de Martín Aramburú, il s’est enfui et a été arrêté quatre jours plus tard à la frontière entre la Hongrie et l’Ukraine.

Bouvier, pour sa part, fait également partie de l’extrême droite locale. Ancien étudiant de l’Université Paris-Assas, il a été condamné en juin 2022 à cinq ans de prison —dont trois avec sursis— pour la même affaire de torture que son collègue.

Après avoir tiré sur l’Argentin, il s’est caché pendant plusieurs jours dans un hôtel de Sablé-sur-Sarthe, avant d’être arrêté par la Brigade de Recherche et d’Intervention (BRI, en français) de Nantes le 23 mars 2022.