Un dimanche, Jésus dit à Pierre qu’il est la pierre sur laquelle il bâtirait son Église et, le lendemain, il l’envoie faire frire des churros. « Vade retro, Satan ! », lui lança-t-il. Si même le Fils de Dieu a connu de telles oscillations, que reste-t-il pour le reste des mortels. Cet antécédent sert à disculper les Pumas, une équipe condamnée à l’irrégularité, aggravée en ce moment par l’absence du noyau de l’équipe et l’émergence d’un groupe important de jeunes. L’ordre et le caractère démontrés face aux Springboks lors du match précédent avaient laissé entrevoir une reprise après un début d’année défavorable. L’Australie se présentait comme un adversaire dangereux mais vulnérable. Finalement, c’est le premier aspect qui a prévalu sur le second. Les Argentins échouèrent à neutraliser les qualités de l’adversaire et, chaque fois qu’ils parvenaient à le briser, ils se trompaient sur les itinéraires menant à l’essai.
La défaite de samedi à Jujuy, 27-21 face aux Wallabies, quatrième défaite en cinq matches cette année, ne renvoie pas à une préoccupation majeure, mais cela n’apporte pas non plus une grande contribution à l’ouvrage qui vise à être achevé pour la Coupe du Monde en Australie 2027. Quelques conclusions sur les performances individuelles, positives et négatives, surtout.
Les Pumas entament une semaine avec la mission de retrouver la foi en eux-mêmes. Ils ont voyagé dimanche, à 19 heures, en vol charter à destination de Mendoza, siège de la revanche face aux Australiens le prochain samedi, à 18 heures, au Stade Mondialiste (à peu près en même temps que le duel qui opposera Gimnasia y Esgrima et Boca pour la Liga Argentina, qui débutera à 16h30 et à seulement deux kilomètres de distance).
Après avoir reposé dimanche, ils effectueront un entraînement léger lundi, un autre de moyenne intensité mardi et le plus important de la semaine mercredi, après quoi Felipe Contepomi définira l’équipe. Le jeudi sera jour de repos et à 18 heures l’entraîneur tiendra une conférence de presse au cours de laquelle il annoncera la formation.
Par un traumatisme à la pommette, Matías Moroni a été écarté, et est retourné à Buenos Aires. Le centre a été remplacé par le troisième ligne cordobé Facundo Cardozo, troisième ligne des Dogos XV qui s’entraînait avec le groupe en qualité de joueur de développement. Curieusement, on n’a pas opté pour Benjamín Ordiz, originaire de Rosario, qui est dans la même condition que Cardozo mais joue à la position de Moroni.
Répéter la formation initiale pour la première fois depuis le début de son court mandat s’est traduit, pour Contepomi, par une continuité par rapport à ce qui avait été fait face aux Springboks. “Nous avons eu la sensation de ne pas pouvoir contrer les forces que nous avions vues chez l’Australie et ces erreurs non forcées, ces pénalités par manque de nécessité”, analysa Andrés Bordoy, entraîneur des avants des Pumas, lors d’un appel Zoom depuis Jujuy. “Cela tient à ces connexions que nous devons avoir sur le terrain, qui par moments n’étaient pas là et c’est là où nous devons continuer à travailler. C’était un match qui dépendait purement de notre rendement, d’où une certaine frustration.”
L’absence d’au moins 17 joueurs qui auraient pu être titulaires samedi n’invalide pas l’analyse collective. Les Pumas sont les Pumas. La sélection argentine de rugby. La responsabilité et le privilège de représenter le rugby argentin ne changent pas. Les possibilités d’exprimer le jeu que veut l’entraîneur, dans ce contexte, sont plus complexes, mais non moins souhaitables. Mettre le réfrigérateur dans la cuisine et le lit dans la chambre n’est pas toujours aussi simple que cela semble.
Par ailleurs, ces trois matchs représentent une opportunité idéale pour continuer à élargir l’effectif et pour que les joueurs émergents démontrent sur la scène ce qu’ils laissent entrevoir lors des essais. Cette fois, parmi ceux qui saisiront l’opportunité, il faut mettre en évidence la performance de le huit de Leicester Joaquín Moro, leader en portées (14) et en plaquages (20).
D’un autre côté, le fait de chercher à se faire une place pour lorsque l’effectif sera complet peut générer de la pression et influencer le rendement. Bordoy, toutefois, a nié cette éventualité: “Plus nous aurons de concurrence interne, mieux ce sera pour tout le monde, tant individuellement que collectivement. Que les joueurs qui n’avaient pas eu l’occasion de faire leurs débuts et qui ont pourtant affiché de bons niveaux de performance au cours des deux derniers matches font que les joueurs se renforcent, se disputent entre eux, afin que, à leur retour dans leurs clubs, ils savent qu’ils doivent obtenir une bonne performance pour figurer éventuellement sur la liste des Pumas. C’est positif. Plus qu’une pression, il y a eu beaucoup de changements qui ont été effectués.”
Les six derniers matchs d’historique contre les Wallabies montrent que les vainqueurs se sont alternés. Dans les huit derniers, il y a eu quatre victoires de chaque côté. Dans cette période, les Pumas ont connu quelques triomphes larges, avec des records inclus. Mais ils n’ont jamais réussi à maintenir cette supériorité et au match suivant, ils retombaient dans ces détails qui font la différence. « À César ce qui est à César ».