MENDOZA (envoyé spécial). – Pendant sa période de joueur, dès ses débuts, il lui aura fallu 1715 jours pour atteindre les 30 matchs avec les Pumas. Près de cinq années, y compris les rencontres du Torneo Sudamericano. En tant que head coach, ce samedi il atteindra cette même barre en seulement 791 jours. Bien sûr : le calendrier international est bien plus chargé et dynamique qu’à l’époque. Deux ans après ses débuts comme entraîneur national, Felipe Contepomi retourne à Mendoza pour la revanche contre l’Australie, un test-match qui débutera à 18 heures.
Le panorama des Pumas a changé sur certaines questions depuis lors. Par exemple, le 6 juillet 2024, l’entraîneur ne s’attendait pas à affronter l’Australie dans le cadre d’un match amical en raison de l’annulation du Rugby Championship cette saison, conséquence des tournées organisées par l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande. Il n’aurait pas imaginé que le week-end où il recevrait de nouveau l’une des puissances du Sud, l’effectif principal du pays serait à la disposition des clubs français pour le début d’une nouvelle saison du Top 14. Il a dû céder.
“Nous avançons sur le chemin que nous souhaitons. Sur le trajet que l’on trace et la vision que l’on porte, il y a toujours des choses auxquelles il faut s’adapter en raison de situations momentanées. Par exemple, parfois, à cause des calendriers des clubs européens et internationaux de l’hémisphère Sud, il faut faire reposer certains joueurs, planifier différemment, et cela a ses défis”, a admis l’entraîneur-chef lors de la conférence de presse de ce jeudi au premier étage de l’hôtel Hilton de Mendoza, en réponse à une question de LA NACION. “Cela présente aussi des aspects positifs. Il y a des garçons qui apparaissent et obtiennent leur chance, et l’on peut voir comment cette base s’élargit. Mais cela entraîne aussi une baisse de rythme et un recadrage dans la préparation ou dans l’accélération vers ce vers quoi on veut aller. Je pense que nous sommes sur la bonne voie. Peut-on faire les choses mieux ? Bien sûr”, a développé l’ancien capitaine de l’équipe.
Le court cycle de Contepomi traverse son point le plus critique. En grande partie à cause des absences, beaucoup d’entre elles à des postes importants, mais aussi par l’impossibilité de trouver des solutions pour contrer ces départs. Après une prestation peu convaincante lors d’une défaite contre l’Écosse, est venu un succès sans faire pâlir face au Pays de Galles. La première série de matchs du Nations Championship s’est terminée par une performance en deçà des standards contre l’Angleterre, qui a été éclipsée par la polémique sanction ayant empêché les Pumas d’obtenir l’égalité. Jusqu’alors, l’effectif ressemblait davantage à l’idéal.
Les bonnes signaux laissés par la défaite contre l’Afrique du Sud à Vélez, davantage par le tempérament, la condition physique et le courage que par le jeu, se sont évanouis lors d’un après-midi à oublier face à l’Australie, qui a concédé une multitude d’occasions que l’Argentine n’a pas su exploiter. Les engagements de novembre proposent un calendrier exigeant comme visiteurs respectivement d’Irlande, d’Italie et de France, bien que sur place le staff technique présente une équipe plus proche de celle du prochain Mondial.
Les Pumas totalisent 12 victoires et 17 défaites à l’ère Contepomi. La statistique est cruelle et dure : elle n’inclut pas l’historique victoire contre les British and Irish Lions à Dublin, car elle n’avait pas caractère officiel. Globalement, les Argentins ont donné un saut de qualité, avec un jeu plus global, de meilleures transmissions et une mentalité solide pour se maintenir dans les matchs lorsque la dynamique ne coule pas. Mais les formations fixes restent déficitaires et se sont même aggravées. Lors de cette première apparition à Mendoza, Franco Molina et Bautista Pedemonte ont fait leurs débuts. Si ce samedi entrent Facundo Cardozo et Mateo Soler, ils seront 25 les nouveaux joueurs du cycle de l’ancien rugbyman de Newman. La nécessité d’élargir la base était, et demeure, impérative après la Coupe du Monde de France.
Mendoza, avec ses paysages montagneux, ses caves et ses vignobles, est une place habituelle depuis l’inclusion des Pumas dans le Rugby Championship. En fait, c’est ici qu’a eu lieu le premier match à domicile du tournoi, un précieux nul contre l’Afrique du Sud en 2012, le jour où Nicolás Sánchez a fait ses débuts sous le maillot numéro 10 de l’Argentine. L’année suivante, ils sont tombés 22-17 face au même adversaire, et en 2014 le Malvinas Argentinas fut le théâtre du soulagement : premier succès dans la compétition, 21-17 contre les Wallabies. Les Argentins sont revenus en 2015 et 2017, dans des défaites sans appel contre l’Australie (34-9) et l’Afrique du Sud (37-20), et en 2018 ils ont obtenu l’un de leurs grands exploits, un net 32-19 contre les Springboks qui l’année suivante allaient devenir champions du monde. Les chutes successives face à l’Australie (41-26 en 2022), la Nouvelle-Zélande (41-12 en 2023) et la France (28-15 en 2024) ne constituent pas des antécédents réjouissants pour le duel de samedi.
Il y a un point qui a rebondi ce jeudi à Mendoza, sur un épisode remontant à la première prestation des Pumas dirigés par Contepomi : le Tribunal Supérieur de Mendoza a confirmé le non-lieu en faveur des joueurs français Oscar Jegou et Hugo Auradou, qui avaient été accusés de viol après cette victoire dite “bleue” et déclarés innocents par deux organes.
Les Pumas chercheront à inverser l’image qu’ils affichent en 2026, lors du dernier engagement à domicile. “Pour nous, il est très important de gagner, mais bien plus important encore est la manière dont nous parvenons à ce résultat. Je ne sais pas si je suis satisfait, mais nous sommes sur la bonne voie”, a conclu Contepomi, qui retourne au point de départ. Le même endroit où il tentera de redresser la trajectoire.